Dans les coulisses : la naissance du premier club d’échecs à Pertuis

10/08/2025

Un roi, une reine... et un pion dans le Vaucluse

Si vous vous êtes déjà retrouvé, un dimanche après-midi, face à un échiquier dans un café ou sous le préau d’un lycée à Pertuis, vous avez sûrement senti planer une atmosphère singulière. L’apparente tranquillité dissimule la passion électrique qui a animé, dans les années 1980, la petite communauté de joueurs décidée à donner des racines locales à cette discipline universelle. Mais quand, et comment, tout cela a-t-il vraiment commencé ? L’histoire du premier club d’échecs de Pertuis est faite de parties acharnées, de fêtes de villages, et d’une poignée d’irréductibles.

Le contexte : Pertuis, les années 1980 au tempo du Sud

À la fin des années 70, alors que Bobby Fischer faisait vibrer la planète et que la cassette vidéo régnait sur la table du salon, Pertuis vivait à son propre rythme. On jouait surtout à la pétanque au square de la Diane. Mais, insidieusement, les échecs s’installaient dans les esprits. Des instituteurs initient des élèves, des bibliothèques proposent des livres stratégiques (souvent défraîchis), et, de-ci de-là, on voit émerger de petits groupes de joueurs, notamment dans les cafés du centre.

C’est dans cette ambiance que s’est opérée la première amorce menant à une structure officielle. Selon les archives municipales et les coupures de presse (La Provence, 1981-1985), les premiers « tournois ouverts » se tiennent lors de la fête de la Saint Nicolas, réunissant une quinzaine de participants — élèves du collège Marie Mauron, retraités, et quelques curieux venus de Villelaure ou de Cadenet.

Des pionniers passionnés : les figures fondatrices

La naissance du club n’a pas été le fruit d’une décision spontanée, mais plutôt d'une suite de rencontres clés. Parmi les figures marquantes :

  • Robert Baudoin : Principal du collège, joueur invétéré, il encourage la création d’un atelier d’échecs ouvert à tous chaque mercredi. Il deviendra le premier président du futur club.
  • Philippe Jacquet : Technicien à Cadarache, il rapporte d’Allemagne – où il a vécu – des méthodes modernes de formation. Grâce à lui, l’idée de l’adhésion, des tournois internes et de la communication avec la Fédération est abordée.
  • Dominique Roux : Libraire passionné, il héberge régulièrement des rencontres dans l’arrière-boutique de sa librairie de la place Mirabeau.

Ensemble, ces pionniers abordent la question cruciale : rester un cercle informel ou donner une existence légale au groupe pour pouvoir organiser événements et compétitions “officielles” ? Après plusieurs réunions en 1983-84, la majorité se prononce pour la création d’une association — ce sera la “section échecs de la MJC de Pertuis”.

L’acte de naissance en 1984 : de la MJC au premier local dédié

Le mythique acte de naissance figure dans les registres associatifs de la MJC de Pertuis (source : archives municipales, dossier associations 1984). C’est en mai 1984, lors de l’Assemblée Générale de la MJC, que le club “Échecs Pertuis Sud-Luberon” est ouvert, rassemblant 28 membres-dont la benjamine âgée de 7 ans! Rapidement, l’association adopte des statuts types fournis par la Fédération Française des Échecs (FFE).

  • Première cotisation : 50 francs/an
  • Réunions tous les samedis après-midi et un “open” mensuel
  • Premier matériel financé en partie par la municipalité (source : délibération municipale de juin 1984)
  • Correspondance officielle avec la Ligue PACA des Échecs

Les premiers matches : adversaires locaux et montée en régime

Le premier tournoi officiel organisé sous l’égide du club se déroule à l’automne 1984. Il rassemble 22 joueurs, dont 7 extérieurs (Aix, Cavaillon, Manosque). L’événement fait l’objet de quelques lignes dans “Vaucluse Matin” et témoigne d’un enthousiasme naissant : le club double presque ses effectifs en deux ans.

Dès 1985, les premières compétitions interclubs voient le jour. L’équipe de Pertuis affronte avec courage (et pas toujours le point) des adversaires expérimentés d’Avignon ou de Marseille. Au-delà des résultats, c’est la convivialité qui prime : chaque déplacement donne lieu à des pique-niques mémorables sur les routes du Sud.

La montée en puissance : ateliers-jeunes et rayonnement local

À la fin des années 80, le club renforce son ancrage grâce à une innovation majeure : la création d’un atelier-jeunes au sein de l’école Jean Moulin, en relais avec le collège. Dès la rentrée 1986, près de 15 jeunes s’initient chaque mercredi, découvrant gambits et fourchettes dans une salle prêtée par la mairie.

Ce focus porté vers la jeunesse sera l’un des moteurs de l’expansion de la pratique dans la commune, précédant de quelques années le boom national des échecs scolaires (source : FFE, rapport 1990). On compte alors plus de 30 membres, dont la moitié de moins de 18 ans, et l’on commence à initier des matches amicaux avec La Tour d'Aix, Manosque, et même Salon-de-Provence.

Anecdotes et archives : quelques moments typiques

  • Le fameux “tournoi du mistral” : En 1985, un tournoi en plein air place Saint-Pierre est interrompu par un mistral furieux qui emporte les feuilles de parties et oblige à improviser des “cavaliers lestés” au plomb.
  • L’affaire du fou accidentel : Lors d’une session à la bibliothèque, un joueur renverse une boîte et remplace le fou perdu... par un chevalier Playmobil, ni vu, ni connu. Une photo circule encore dans les vieux albums !
  • L’invitation surprise : En 1986, Anatoly Vaisser, alors champion de France, passant ses vacances à Lourmarin, rend une visite surprise lors d’une simultanée — ce qui restera un “pion d’or” du club.

L’héritage du premier club et son impact sur la région

Difficile de mesurer tout ce que l’aventure du premier club a laissé derrière elle, mais plusieurs faits en témoignent :

  • Des centaines d’adolescents passés par ses ateliers (sur la période 1984-2000)
  • L’organisation, dès 1995, d’un tournoi ouvert “Pertuis Sud-Luberon”, qui dépasse la centaine de participants et accueille des joueurs du Gard, des Alpes et du Var.
  • L'éclosion de petits clubs satellites à Villelaure, La Tour d'Aigues, Mirabeau – “filiales” dont les animateurs sont, pour beaucoup, d’anciens membres de Pertuis.
  • Plusieurs classements remarqués en Coupe de France interclubs, dont un 1/8e de finale en 2002 (source : site FFE, archives interclubs).

Ce que le club d’hier a semé sur l’échiquier d’aujourd’hui

La naissance du premier club d’échecs de Pertuis, c’est un peu une histoire de grain de folie et de passion collective. Si, aujourd’hui, il est normal que des dizaines d’enfants manient la Dame comme d’autres chaussent les crampons sur les stades alentours, c’est bien grâce au labeur obstiné et enthousiaste de ces pionniers. Entre parties endiablées, débats sur l’ouverture espagnole et fou-rires mémorables, la petite graine plantée dans les années 80 a essaimé ses fruits non seulement à Pertuis, mais dans tout le Sud-Luberon.

Le club de Pertuis a posé les bases d’une vie échiquéenne active et conviviale où, plus que la victoire, c’est le goût du jeu et le plaisir de partager qui restent la meilleure ouverture.

Sources :

  • Archives municipales de Pertuis, dossier “club d’échecs/associations sportives” (1983-1995)
  • Couvertures presse locale : La Provence, Vaucluse Matin, L’Écho du Luberon (1984-2000)
  • Fédération Française des Échecs (FFE) : www.echecs.asso.fr archives historiques

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