Échecs et inclusion à Pertuis : des projets qui rapprochent autour de l’échiquier

21/09/2025

Un outil d’intégration dès le plus jeune âge : les échecs à l’école

D’abord, plantons le décor. Les ateliers d’échecs dans les écoles primaires sont devenus une composante régulière de la vie scolaire à Pertuis et dans plusieurs communes voisines, notamment grâce à la dynamique impulsée par l’Éducation Nationale (1) et la Ligue Provence-Alpes-Côte d’Azur des échecs. Mais ici, plus qu’un simple jeu, c’est un espace où chaque élève, qu’il soit féru de maths ou rêveur invétéré, peut exister à parts égales.

  • Favoriser l’égalité des chances : Chaque année, ce sont plus de 300 élèves de Pertuis et alentours qui participent à un cycle d’initiation aux échecs à l’école (chiffre issu des rapports de la DSDEN). Dans ce dispositif, les enfants issus des quartiers populaires commencent sur la même ligne que les autres.
  • Lutter contre les différences : L’école Jean-Giono a mis en place un jumelage « échecs partagés » entre une classe ULIS (Unités Localisées pour l'Inclusion Scolaire, accueillant des élèves en situation de handicap) et une classe de cycle 3 classique. Le résultat : une baisse visible des situations d’isolement et une confiance en soi renforcée chez les élèves ULIS.
  • Dépasser les barrières linguistiques : Pour les jeunes primo-arrivants, l’échiquier devient un langage universel, dépassant la barrière de la langue. La directrice de l’école Paul-Cézanne en témoigne : « Certains élèves, à peine arrivés, s’intègrent d’abord par le jeu d’échecs aux récréations du midi. »

Pédagogie inclusive : du plaisir avant la victoire

Les animateurs locaux s’accordent : pas de jargon, pas d’élitisme. On commence souvent avec des jeux dérivés simplifiés, on propose des défis en équipe, et, surtout, on valorise le plaisir de jouer plutôt que la victoire. Certains enseignants notent une amélioration de la concentration et de l’esprit d’entraide, deux aptitudes transférables bien au-delà de l'échiquier.

Le projet « Quartiers en Jeu » : une dynamique collective

À l’échelle des quartiers prioritaires de Pertuis (notamment la zone de Saint-Martin), l’association Échiquier du Sud-Vaucluse a lancé en 2023 le projet « Quartiers en Jeu ». L’objectif : décloisonner, ouvrir les portes du club à des publics peu familiers des échecs et s’implanter au cœur du quartier.

  • Des animations hors les murs : Le club déplace ses échiquiers et son matériel dans les parcs, les espaces jeunes mais aussi sur les places lors des fêtes de quartier.
  • Implication des familles : Les parents, parfois éloignés des activités classiques du club, sont invités à participer à des tournois familiaux ou à découvrir le jeu lors des ateliers ouverts.
  • Égalité d’accès : L’ensemble des ateliers est gratuit grâce à un partenariat ville/CAF/Maison de quartier.

Résultats ? Après six mois, l’association note une hausse de 35% de jeunes issus des quartiers dans les sections jeunes (source : rapport d’activité 2023 de l’Échiquier du Sud-Vaucluse). Outre l’apprentissage du jeu, des liens nouveaux se tissent entre habitants, à l’image d’un tournoi intergénérationnel où se sont côtoyés adolescent.e.s, jeunes adultes et retraité.e.s du quartier.

Seniors et intergénérationnel : échecs contre l’isolement

L’inclusion, c’est aussi celle des personnes âgées. Le CCAS et plusieurs EHPAD de Pertuis (comme Les Amandines) ont récemment mis en place des activités régulières avec la participation du club local.

  • Prévention des troubles cognitifs : Des séances adaptées, co-organisées avec des psychomotriciens, visent à stimuler la mémoire, la logique, en douceur et sans notion d’échec (sans mauvais jeu de mots !).
  • Lutte contre la solitude : L’échiquier devient le support d’échanges entre résidents. Certains vendredis, des enfants du centre de loisirs viennent défier les seniors, donnant lieu à de savoureuses anecdotes – comme cette partie qui s’éternise parce que chacun veut expliquer à l’autre ses astuces !
  • Transmission des savoirs : Les seniors partagent leurs récits d’ancien tournoi ou leurs ouvertures fétiches, les jeunes leur répondent par l’audace de leurs attaques. Un dialogue à double sens, où la chaîne des âges trouve un maillon commun.

Selon une étude de France Alzheimer (2), la pratique du jeu d’échecs, même occasionnelle, aurait un effet bénéfique sur certaines fonctions exécutives du cerveau chez les personnes âgées. Pertuis en fait l’expérience concrète, à petite échelle.

Échecs et handicap : des aménagements pour ouvrir le jeu

Quand on parle inclusion, on pense aussi à l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Ici aussi, l’échiquier s’adapte :

  • Jeu adapté pour malvoyants : Le club s’est procuré des jeux avec marquage en braille ou relief, permettant à chacun de jouer en autonomie ou avec assistance.
  • Accompagnement personnalisé : Des séances individuelles ou en petits groupes sont proposées, notamment dans le cadre de Pass Sport Inclusion et en partenariat avec CAP Emploi Pertuis.
  • Valorisation du handicap : Certains joueurs porteurs de troubles moteurs ou cognitifs sont même devenus référents lors d’initiations grand public, cassant ainsi les images reçues autour du handicap.

Ce n’est pas un hasard si la Fédération Française des Échecs (FFE) a fait de l’inclusion une priorité et cite fréquemment Pertuis comme exemple de petites villes actives sur ce terrain (source : FFE, rapport 2023).

Échecs et réinsertion : quand l’échiquier s’invite à la maison d’arrêt

Depuis 2022, un projet pilote de sensibilisation au jeu d’échecs existe à la maison d’arrêt de Pertuis, en partenariat avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’association « Prison, Justice et Liberté ». Dans un cadre sécurisé, l’objectif est multiple : offrir une pause dans le temps carcéral, restaurer l’estime de soi mais aussi installer des compétences transférables.

  • Développer la réflexion et la patience : Deux qualités qui, paraît-il, manquent rarement… hors des murs, mais qui s’apprennent. L’un des animateurs confie : « Certains découvrent un espace où la parole et la décision sont possibles, où chaque partie est un micro-projet. »
  • Favoriser la réinsertion : Le jeu d’échecs est reconnu par l’administration pénitentiaire comme outil de réinsertion, et certains détenus poursuivent la pratique à leur sortie, parfois en s’inscrivant au club local.

En France, selon la FFE (3), une quinzaine d’établissements pénitentiaires accueillent de tels ateliers. À Pertuis, l’expérience, encore jeune, montre que l’échiquier peut ouvrir une brèche dans l’isolement carcéral et aider à reconstruire un projet de vie.

Échecs et femmes : réussir l’égalité dans le jeu ?

Dans le monde des échecs, les femmes restent sous-représentées : en France, elles ne composent que 17 % des licencié·e·s (source : Infogram / FFE, 2023). À Pertuis, cette question a trouvé écho via :

  • Ateliers « Échecs au féminin » : Depuis 2022, des séances réservées, animées par des joueuses expérimentées et/ou référentes, permettent de se familiariser avec le jeu sans pression, entre femmes de tout âge.
  • Ambassadrices du jeu : Plusieurs initiatives incitent les jeunes filles à intégrer les équipes, à arbitrer ou à devenir formatrices bénévoles.
  • Tournois mixtes et parité dans les événements : Le club travaille à la mixité dans la composition des équipes lors des interclubs ou des simultanées locales.

Il s’agit moins ici de « ghettoiser » le jeu féminin que d’encourager chacune à franchir la porte du club, dépoussiérant au passage des stéréotypes parfois bien ancrés sur le jeu d’échecs.

Quand la ville soutient l’inclusion : le rôle des partenaires locaux

Ces projets ne pourraient voir le jour sans l’appui de différents acteurs :

  • La mairie de Pertuis et la Maison de Quartier, qui facilitent le prêt de salles et subventionnent les animations, notamment dans les quartiers prioritaires.
  • Le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), qui œuvre pour installer le jeu dans les maisons de retraite ou lors de rencontres inter-âges.
  • Les clubs et associations partenaires : par exemple, l'ASL Les Passeurs de Jeux, œuvrant pour la pratique inclusive des jeux de société à Pertuis, coopère ponctuellement lors de manifestations intégrant l’échiquier.
  • L’éducation nationale (équipe académique) pour la formation continue des professeurs des écoles volontaires.

Le maillage associatif et institutionnel est la clé pour pérenniser toutes ces actions.

Quelques histoires qui font la différence

  • Sarah, 10 ans, élève en ULIS : Sa première victoire au tournoi scolaire 2024, après des semaines à craindre de jouer devant d’autres, a valu à toute sa classe une ola bien sentie… Et un sourire long comme une finale de dames.
  • Monsieur Jean, 85 ans : Toujours prompt à raconter sa partie nulle contre un jeune prodige du club, il est devenu la mascotte des après-midi « intergénérations ».
  • Khaled, 16 ans, arrivé sans parler français il y a 18 mois : Aujourd’hui, il mène une petite équipe à la découverte des défenses siciliennes pour le compte du club dans le cadre de « Quartiers en Jeu ».

Ce sont ces histoires, parfois discrètes mais toujours touchantes, qui incarnent l’inclusion : pas de magie, juste des rencontres, des apprentissages, un peu de stratégie et beaucoup de bienveillance.

Ressources et inspirations pour aller plus loin

À Pertuis, les projets d’inclusion par les échecs prouvent qu’un jeu séculaire peut résonner très fort, ici et maintenant. L’échiquier n’attend qu’une chose : que toutes et tous s’y retrouvent, fassent équipe, partagent une part de rêve et d’égalité. Un « mouvement » au sens le plus noble du terme !

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