Quand Pertuis vibre au rythme des échecs : histoires vraies et petites légendes locales

05/09/2025

La fièvre des tournois en plein air : quand la Place Mirabeau devient arène

Qui ne s’est jamais retrouvé, un samedi d’été, nez à nez avec des tables alignées sur la place Mirabeau, et une dizaine de paires d’yeux concentrés sur des échiquiers ? A Pertuis, la tradition des tournois en plein air ne date pas d’hier. Déjà dans les années 90, la presse locale (« La Provence », édition Vaucluse) évoquait ces après-midis où les pièces glissaient parfois plus vite que le vent du midi.

Parmi les anecdotes les plus marquantes, celle du tournoi « Simultanée sous les platanes » en 2018 : ce jour-là, une championne scolaire de seulement 12 ans, Julie P., s’offre le scalp de quatre joueurs adultes venus de l’extérieur, déclenchant une véritable ola dans le public. Sa partie la plus mémorable ? Une défense Scandinave où elle piège son adversaire avec un sacrifice de fou sur h7, sous le regard admiratif des passants… et son grand-père, qui l’observait discrètement en dégustant une glace.

Côté participation, ces événements attirent : on compte régulièrement 30 à 40 participants, venus autant du centre-ville que des villages alentour, parfois jusqu’à Villelaure ou Cadenet (source : archives Club Échecs Pertuis).

Échecs intergénérationnels : la table du café opposant l’enfance à l’expérience

Les parties improvisées sur la Place du 4 Septembre ou au café « Le Mistral » font partie du paysage pertuisien. Ici, pas besoin d’inscription : l’échiquier trône sur la table, digne remplaçant du traditionnel jeu de cartes, et on y voit régulièrement s’affronter plusieurs générations.

  • Léon, 78 ans, ancien facteur pertuisien, est connu pour sa “défense postal” (c’est-à-dire pousser ses pions en F et G à la première occasion). Sa réputation ? Jamais battre un enfant le mercredi après-midi – mais donner tout ce qu’il a face aux adultes.
  • Racha, 9 ans, a récemment demandé à pouvoir jouer « pour de faux, mais pour apprendre à gagner des vrais ». Elle s’est finalement retrouvée à initier deux garçons de 12 ans… Et à expliquer la règle du roque comme on raconterait une blague (« Il faut que le roi parte vite, c’est comme à l’école quand la cloche sonne !»)

Ce brassage naturel montre une transmission spontanée du jeu, où l’on apprend tout autant que l’on enseigne. Les témoignages recueillis auprès des animateurs du Club d’Échecs de Pertuis font état de plus de 30 % des joueurs réguliers ayant commencé autour d’un café ou grâce à un proche, avant d’oser la porte du club.

Petits drames et grandes joies : histoires improvisées autour du club

La salle Moulin Saint-Paul, repaire du club local, a été le théâtre de bien des scènes épiques — parfois plus dignes d’un roman de Pagnol que d’un traité d’échecs. L’une des anecdotes les plus racontées concerne le derby annuel contre Cavaillon : en 2022, lors d’une ronde décisive, la panne de réveil d’un joueur mythique (la légende dit qu’il aurait confondu la pendule de la salle avec celle de sa cuisine…) force un jeune remplaçant à s’asseoir devant l’échiquier. Résultat : il signe sa première victoire en équipe, et sa maman, émue, propose alors une tournée de madeleines maison pour tout le monde.

Plus sérieusement, chaque année, le club local recense environ 30 à 40 membres, dont un tiers d’enfants et ados (source : FFE, statistiques 2022 sur le club de Pertuis). Le dynamisme du club se mesure aussi à la gestion de ses cours scolaires : sur l’année 2023-2024, plus de 7 écoles du secteur ont accueilli des ateliers d’initiation ou de perfectionnement, et plus de 220 enfants ont approché le jeu par ce biais (source : site FFE, actions scolaires Vaucluse).

Tournoi des quartiers : petits ponts et grands éclats de rire

Beaucoup ignorent que, depuis 2019, un tournoi « Quartiers en jeu » anime les alentours du parc Saint-Roch. Ici, le but est autant de faire connaître le jeu que de favoriser la rencontre entre habitants : chaque équipe doit comporter au moins un ado et un “junior” (moins de 12 ans) ou un senior (plus de 60 ans).

Une des éditions mémorables ? Celle où l’équipe baptisée « Les Cavaliers du Midi », composée de deux sœurs, de leur oncle et d’une voisine octogénaire, a terminé sur le podium à la surprise générale, démontrant que, dans le jeu d’échecs à Pertuis, l’audace ne connaît pas d’âge.

Ce tournoi attire chaque année autour de 15 à 20 équipes, ce qui, pour une ville de moins de 20 000 habitants, représente une proportion encourageante d’amateurs (source : municipalité Pertuis, événement quartier 2022).

Le jeu comme espace de sociabilité et d’intégration

Les échecs à Pertuis, ce n’est ni “que pour les forts”, ni réservé au silence des clubs. Les animatrices de la médiathèque racontent que, certains mercredis, “ce sont les échecs qui font venir les ados habitués aux mangas… et parfois les grands-parents qui ne lisaient plus que le journal local !”.

L’association “Main dans la Main”, qui intervient auprès de jeunes migrants nouvellement arrivés, a souvent utilisé l’échiquier comme prétexte pour pratiquer le français autrement. Une bénévole, interrogée pour un reportage du Dauphiné Libéré (février 2023), raconte : « Un ado syrien, arrivé il y a deux mois, a accepté de parler uniquement parce qu’on lui proposait d’expliquer ses coups d’échecs ».

La frontière de la langue s’efface autour du jeu : il arrive parfois qu’un “Mat en deux” traduise ce que dix phrases compliquées n’arrivent pas à exprimer.

Les défis insolites : records, blitz et surprises d’anniversaire

Quelques coups d’œil dans les archives locales révèlent aussi le goût pertuisien pour l’originalité. Ainsi, lors du « Festival du Jeu » organisé en 2021, a eu lieu un marathon d’échecs “blitz” : 12 heures d’affrontements non-stop, avec l’obligation pour chaque joueur ayant perdu trois parties de sortir une blague ou une chanson avant de réintégrer la file d’attente. Ambiance garantie (et un beau florilège de “Fous rires” comme seul le jeu sait en provoquer).

Au printemps 2023, une famille du centre-ville a imaginé la plus jolie surprise d’anniversaire : organiser sur la terrasse de leur immeuble un tournoi de 10 mini-échiquiers et inviter tout le voisinage à “venir apprendre deux règles et boire un verre”. Depuis, la “tradition” a été relancée par au moins deux autres immeubles du secteur Laboureur et Sainte-Anne. À Pertuis, il n’est pas rare que les envies d’échec s’invitent là où on les attend le moins!

Petites leçons d’humanité : la magie des conseils de coin de table

À Pertuis, le coaching n’est pas réservé aux entraîneurs titrés : très souvent, il naît autour d’un coin de table, sous la forme d’un conseil à voix basse (“Fais gaffe à ta Dame, elle aime la promenade… mais pas trop !”) ou d’une astuce glissée entre deux cappuccinos.

  • On raconte encore comment, lors d’un marché nocturne en 2022, deux lycéens ont passé près d’une heure à décortiquer, ensemble, la fameuse “partie italienne”, sans autre support que leurs souvenirs… et les encouragements d’une marchande de lavande interloquée.
  • À la rentrée 2023, un habitant a laissé sur le banc d’un arrêt de bus un jeu d’échecs accompagné d’un petit mot : “Joue, découvre, partage”. Sitôt publié sur le groupe Facebook « Tu sais que tu viens de Pertuis », le message fait le tour de la ville, et le jeu change de main trois fois en deux jours.

Une passion enracinée… mais en mouvement !

À Pertuis, les échecs se vivent, s’improvisent, se racontent – sur la place, dans les cafés, à l’école ou sur les réseaux sociaux locaux. Ce sont des dizaines de souvenirs, des petits défis, des victoires inattendues, mais avant tout des liens humains qui tissent, année après année, la trame d’une histoire locale où chacun a trouvé une façon de bouger ses pièces, quelles que soient l’occasion ou la maîtrise du jeu.

La prochaine fois que vous croisez un échiquier sur un banc, une table de café ou au coin d’un marché, n’hésitez pas à observer ou à vous asseoir : à Pertuis, un bon coup n’attend généralement pas plus de cinq minutes avant d’être tenté !

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