L’épopée des figures marquantes des clubs d’échecs de Pertuis

17/07/2025

Le club d’échecs de Pertuis : une histoire qui ne date pas d’hier

Depuis ses débuts dans les années 1980, le club d’échecs de Pertuis n’a cessé d’accueillir des joueurs venus de tous horizons. Bien avant l’explosion numérique et la démocratisation des échecs en ligne, la petite salle du centre socioculturel résonnait déjà du fredonnement des pendules mécaniques et des analyses fiévreuses d’après partie. Plusieurs générations s’y sont croisées. Certains, devenus maîtres ou animateurs, ont laissé une empreinte durable.

Des talents d’ici qui ont fait parler d’eux

Lenny Moulin : la jeunesse éclatante des années 1990

Difficile d’évoquer les grandes histoires locales sans citer Lenny Moulin. Formé au club dans sa jeunesse, il était, selon ses entraîneurs de l’époque, “un bourreau d’exercices tactiques, capable de passer des heures sur un cavalier coincé”. Lenny décrocha en 1996 la première place du départemental benjamins, compilant 7 victoires en autant de rondes — fait rare en tournoi jeunes. Quelques années plus tard, il jouera en Nationale III avec le club de Vitrolles, sans jamais oublier ses racines pertuisiennes. On raconte qu’il ramenait chaque saison un poème humoristique d’anniversaire pour chaque coéquipier (source : archives internes du club, 1996-2002).

Anne-Lise Morand : pionnière et inspiratrice

Au début des années 2000, alors que la présence féminine restait confidentielle dans de nombreux clubs, Anne-Lise Morand a non seulement brillé sur l’échiquier (championne Vaucluse toutes catégories féminines en 2004), mais a surtout permis au club d’ouvrir une section jeunes dédiée aux filles. Son style de jeu ? Tranchant, mais aussi extrêmement créatif : elle était capable de sacrifier deux tours pour lancer une attaque de mat, faisant preuve d’audace jusque dans sa façon d’enseigner. Grâce à son engagement, le pourcentage de licenciées féminines au club est passé de 5 % à 21 % entre 2002 et 2006 (source : Fédération Française des Échecs, rapports départementaux).

Hervé Fargues : le capitaine sans concession

Dans les années 2010, lorsque Pertuis accède pour la première fois à la Nationale IV, Hervé Fargues enfile le costume de capitaine. Stratège pointilleux, connu pour ses préparations d’ouverture "maison", il fédère l’équipe par son sérieux et sa gentillesse. Anecdote célèbre : lors d’un déplacement à Marseille, alors que l’équipe manquait de pendules, il improvise... en utilisant un vieux minuteur de cuisine ! Bilan : un match nul héroïque contre une équipe favorite. Hervé restera comme l’un des artisans du développement de la vie associative (sources orales, anciens membres du club, 2013-2017).

Des enseignants marquants et mentors oubliés

Si les éclaireurs du club ont parfois brillé sur les échiquiers, d’autres, plus discrets, se sont consacrés à l’enseignement et à la transmission. Voici quelques figures auxquelles la communauté doit beaucoup.

  • Paul Marlon, instituteur retraité, a animé des ateliers dans les écoles primaires de la ville durant plus de 15 ans. Grâce à lui, près de 300 enfants sont passés par une initiation “à la fois rigoureuse et joyeuse”, selon les parents d'élèves.
  • Jocelyne David, la “dame du samedi”, surnommée ainsi pour sa ponctualité sans faille, s’occupait bénévolement d’une section débutants adultes chaque semaine. Elle est à l’origine de la première “simultanée” à Pertuis où, à presque 60 ans, elle affronta 15 joueurs à la fois (résultats : 8 victoires, 5 nuls, 2 défaites — source : journal local La Provence, mars 2011).

Événements inoubliables et exploits collectifs

La montée historique en Nationale IV (2015-2016)

L’année 2016 restera dans les annales. Porté par une génération brillante emmenée par les frères Bouquier, le club de Pertuis décroche la première place de son groupe et accède à la Nationale IV. Cette équipe, souvent surnommée “les 8 fantastiques”, a terminé la saison invaincue. Parmi leurs adversaires, des clubs mieux classés et plus expérimentés, mais l’esprit d’équipe et la confiance en leurs combinaisons tactiques ont renversé tous les pronostics (voir Fédération Française des Échecs, résultats 2015-2016).

  • 7 victoires et 2 nuls sur 9 matches
  • Meilleur score individuel : Mathieu Bouquier, 7,5/9
  • Plus jeune joueur de l’équipe : Lucas Salès, à peine 12 ans
  • Meilleure perf de la saison : Rémi Benbassat, gain contre un 2000+ à la dernière ronde

Le tournoi de l’Olivier : où la passion se joue aussi dans l’ombre

Tous les ans, le “Tournoi de l'Olivier” attire entre 40 et 80 participants issus du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. En 2012, un dénommé Karl Duchet rafle la mise avec un score parfait de 6 points sur 6 — première et, à ce jour, unique “victoire totale” sur cet événement. Aujourd’hui, bien qu’il ne joue plus de façon compétitive, Karl continue à entraîner de jeunes pousses dans un club voisin.

L’héritage local : un effet boule de neige toujours actif

Évoquer ces figures, c’est comprendre l’alchimie d’un club à taille humaine. À Pertuis, comme souvent dans les petites structures, ce sont les liens intergénérationnels et l’énergie des bénévoles qui font la différence. Plusieurs anciens sont partis coacher ailleurs (Aix, Manosque, Cucuron…) ou ont simplement pris du recul, mais presque tous restent connectés : ils reviennent saluer le club lors de la fête annuelle, envoient des messages d’encouragement ou défient, incognito, la nouvelle génération en ligne sous pseudonyme (“ChessVauclusien”, “RoiLuberon”, etc.).

  • En près de 40 ans, plus de 1200 personnes ont été licenciées au club de Pertuis au moins une saison (estimation à partir des statistiques de la Fédération Française des Échecs).
  • 2 anciens membres sont devenus maîtres FIDE (Lenny Moulin et, plus récemment, Maxence Delaroque, qui officie désormais comme formateur à Aix-en-Provence).
  • Plusieurs écoles locales intègrent régulièrement le club dans le programme périscolaire grâce à l’implication d’anciens bénévoles.

Pourquoi ces parcours inspirent encore aujourd’hui

Si la mémoire du club célèbre volontiers les exploits (et parfois les gaffes épiques), c’est qu’ils sont un miroir dans lequel les nouveaux joueurs puisent de l’énergie. Chaque anecdote, chaque succès, ou même chaque “presque victoire” rappelle que les échecs sont une école de persévérance et qu’au bout de la grille il n’y a pas que la victoire, mais aussi la transmission.

  • Les anciens membres donnent des cours à des jeunes, amenant parfois leurs propres enfants, créant une continuité rare.
  • La création d’un tournoi intergénérationnel en 2021 a permis à d’anciens joueurs de reprendre goût à la compétition et de passer le flambeau, la main sur la pendule, à la relève.

Comme dans une partie complexe où chaque coup laisse sa trace, les figures passées du club de Pertuis continuent d’influencer le présent — preuve que dans ce jeu, rien ne se perd, tout se transmet.

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